[Livre] Comment j’apprends les langues, Kato Lomb

Un des plus grands polyglottes du XXe siècle est une des premières interprètes simultanées au monde, Lomb a exercé professionnellement dans 16 langues pour des entreprises en Hongrie, son pays natal.Outre ses compétences linguistiques étonnantes, elle a obtenu une renommée supplémentaire en écrivant des ouvrages sa manière d’apprendre et ses réflexions sur le monde des langues.Kato Lomb, dans son livre, Polyglot, how I Learn Langages (Polyglotte, comment j’apprends les langues), partage avec les lecteurs des techniques personnelles d’apprentissage des langues étrangères dont le chinois et le japonais.

Qualifié par le linguiste Stephen Krashen lui-même de « probablement le polyglotte le plus accompli au monde », elle est arrivée à un haut niveau de maîtrise en ayant pourtant commencé à apprendre toutes ces langues que tard dans sa vie et en majorité toute seule.

Ses méthodes intéresseront donc encore davantage les apprenants adultes ou les autodidactes qui souhaitent maîtriser une langue étrangère.

Kato Lomb j'apprends les langues

Un profil de polyglotte atypique

Par rapport à Émil Krebs ou le cardinal Mezzofanti qui ont dès leur enfance était en contact avec plusieurs langues étrangères ou avait développé un intérêt très tôt pour elles, Lomb a démontré qu’un haut degré de maîtrise de langue étrangère peut être atteint à l’âge adulte puisqu’elle a acquis la majorité de ces langues quand elle avait déjà la trentaine et la quarantaine !

En effet, elle a commencé l’anglais par elle-même à l’âge de 24 ans, le russe à l’âge de 32 ans ou encore le Japonais à l’âge de 47 ans.

De plus elle n’avait jamais de près ou de loin eu un lien avec les domaines linguistiques ni cultivé une sensibilité particulière vis-à-vis des domaines comme la littérature. Au contraire, elle avait suivi un parcours universitaire scientifique et était diplômé en physique- chimie. Son intérêt pour les langues a commencé bien après.

Ce qui devrait rassurer tous ceux qui pensent qu’il est trop tard pour commencer ? 😉

Ses réalisations dans les langues

Pour Kato Lomb, « il n’est pas possible [de connaître 16 langues], du moins pas au même niveau de capacité »

À la fin de sa vie, elle a catégorisé l’ensemble des langues qu’elle parlait comme suit :

“Le hongrois est ma langue maternelle, le Français, l’Anglais, le Russe et l’allemand, ces cinq langues vives en moi”.

Elle pouvait converser et sauter entre ces langues en un instant et sans préparation.

Il y a cinq langues supplémentaires dans sa carrière d’interprète, mais pour lesquelles elle devait effectuer un minimum de préparation afin de les réactiver dans sa mémoire.  Cette réactivation pouvait prendre prendre une ou deux demi-journées (ce qui est extrêmement rapide).

Soit un total de dix langues en interprétariat simultané.

Ajoute à ça six autres langues où elle pouvait traduire de la littérature ou des documents techniques.

Enfin elle était capable de comprendre le journalisme dans onze autres langues.

Ainsi, à l’époque, comme elle le mentionne elle-même : elle gagnait de l’argent avec seize langues (bulgare, espagnol, ukrainien, chinois, danois, latin, anglais, français, allemand, hébreu, italien, japonais, polonais, roumain, russe et slovaque).

Kato Lomb : comment j’apprends les langues

Le bon état d’esprit

D’après son expérience, apprendre autant de langue n’est pas une capacité avec laquelle vous venez au monde. Ce n’est pas non plus une qualité que vous avez ou que vous n’avez pas.

Le succès à apprendre quoi que ce soit est le résultat de l’intérêt pour la matière ou la chose en question et d’y consacrer suffisamment d’énergie.

Elle est totalement dans un état d’esprit de type “croissance”(growth mindset) et indique clairement que notre capacité a parlé une autre langue n’est en rien dictée par nos résultats antérieurs en classe ni même l’incapacité de nos parents à parler d’autre langue. Parler ou non une autre langue est une capacité que nous pouvons développer à n’importe quel âge et à n’importe quel endroit.

Pour elle le secret du succès dans l’apprentissage d’une langue peut se définir par la formule suivante :

L’inhibition c’est la peur de faire des erreurs qui vous empêche de parler, donc de pratiquer et par conséquent de progresser. Ça peut être aussi quand vous prenez conscience que vous transférez la structure de votre langue maternelle à la nouvelle langue et que vous avez honte de parler, c’est pareil, cela freine votre développement. Si c’est votre cas, jetez un coup d’œil à cet article sur comment vaincre votre peur de parler.

Fourniture de base

Quand elle débutait une langue, la première chose qu’elle faisait c’était d’acheter :

– un dictionnaire

– un manuel de la langue

– quelques œuvres littéraires

Rien de particulier à ce niveau sauf que c’est plutôt la manière dont elle s’en servait qui fait toute la différence:

Le dictionnaire lui permettait de se familiariser avec la langue via les informations de base qu’elle pouvait trouver dedans.

En effet les dictionnaires papier contiennent toujours une partie ou sont expliqué des choses fondamentales sur le pays et la langue elle-même comme par exemple les unités de mesure du pays, quelques règles de grammaire, la formation des adjectifs, etc.

Deuxièmement, puisqu’elle étudiait par elle-même, elle était son propre professeur, ainsi elle veillait à ce que le manuel qu’elle se procurait ne comporte pas uniquement les règles de grammaire mais aussi des exercices et leurs réponses. Elle faisait tous les exercices en faisant attention à laisser suffisamment de place pour la correction. De cette manière lorsqu’elle revoyait ses notes, elle pouvait mieux visualiser sa progression.

Lorsqu’elle faisait une erreur, elle prenait soin de noter cinq ou six phrases standard à titre d’exemple dans la marge, afin de mieux s’imprégner de la forme correcte.

Développer directement son intuition de la langue via la traduction

La deuxième étape, généralement en parallèle, était qu’elle commençait à traduire des petits romans.

Ce fut le cas dès l’apprentissage de sa première langue : l’anglais.

Pour se faire elle s’est procure un roman, a commencé à le lire et le traduire par ses propres moyens.

Au bout d’une semaine, elle était arrivée à développer une sorte d’intuition sur les mots et les phrases. Au bout d’un mois, elle arrivait à en comprendre le sens, et au bout de deux mois elle était capable d’improviser et de s’amuser avec le contenu qu’elle avait absorbé.

Apprendre par l’enseignement

Quasiment au même moment où elle s’est mise à l’anglais, elle a obtenu un poste pour l’enseigner. Elle était censée le faire en suivant le cursus d’un livre qui était composé de cinquante leçons. Pour chaque cours qu’elle donnait elle n’était elle-même en avance que d’une ou deux leçons. Sans le savoir elle appliquait les principes de la “technique de Feynman”.

Sa technique de lecture  

-À la première lecture, elle ne prenait note uniquement que des mots dont elle avait été capable de deviner le sens via le contexte.

-À noter que quand elle prend note de ces mots, elle ne les écrivait pas en isolation mais dans le contexte où ils sont apparus ou par paire. Ce qui est une manière de savoir dans quelle situation le mot s’emploie et de mieux le mémoriser.

-Ce n’est uniquement que si elle tombait sur un mot au moins deux ou trois fois et qu’elle n’en comprenait toujours pas le sens malgré le contexte qu’elle décidait d’en chercher la signification dans le dictionnaire.

Pour améliorer la compréhension orale

Kato Lomb compréhension oral

Elle aimait en général enregistrer les informations de la radio pour les réécouter plusieurs sieurs fois par la suite et pour acquérir la vraie prononciation des natifs.

C’était aussi un excellent exercice pour apprendre de nouveaux mots. Quand elle entendait un mot qu’elle ne connaissait pas, elle le notait de la manière dont elle imaginait qu’il pouvait s’écrire et allait vérifier dans le dictionnaire. S’il s’avérait qu’elle avait bien épelé le mot, c’était une petite victoire qui renforçait sa motivation et elle connaissait un mot de plus en bonus.

Son entraînement à la production

Pour dépasser les limites des matériaux écrits, elle essayait de trouver un partenaire pour faire des échanges linguistiques. Celui-ci devenait son professeur.

-En plus des échanges avec son partenaire, elle préparait de son propre chef, une petite composition pour le prochain cours afin que son partenaire puisse la corriger.

-Au début il s’agissait de composition improvisée, elle s’exerçait à utiliser de termes et expression qu’elle a lu ou entendu dernièrement.

Son but était d’essayer de replacer dans un petit essai ce vocabulaire et expression afin de vérifier avec l’aide de son professeur si elle avait bien compris comment l’utiliser.

– La prochaine étape c’est de passer à des traductions.

Là aussi la correction joue un grand rôle car le danger c’est d’utiliser une expression de la mauvaise manière et que l’esprit commence à l’accepter comme authentique. Une fois une mauvaise habitude langagière automatisé, il est très difficile de s’en séparer.

Comment trouver le temps d’étudier une langue ?

Sa parade est simple et efficace : Connecter les langues avec sa profession ou ses loisirs.

En connectant sa profession ou ses loisirs avec sa langue cible, la motivation est plus forte et les occasions de pratiquer plus fréquente.

Ainsi après 1946 lorsque la Commission alliée a été créée en Hongrie, elle a eu l’opportunité d’être nommée pour gérer les affaires administratives.

Elle était obligée d’alterner rapidement entre l’anglais, le russe et le français en changeant de langue toutes les 10 minutes environ.

On ne peut pas imaginer une position plus idéale pour quelqu’un qui veut pratiquer et améliorer ses capacités linguistiques.

Avec cette expérience, elle a appris à passer du contexte linguistique d’une langue à un autre en quelques secondes. Ceci est la compétence la plus essentielle pour l’interprétation :

La technique de “l’autologue”

Parmi les “pépites “partagées par Kato Lomb, il y a une pratique qui est tout à fait intéressante, c’est la technique de “l’autologue”. En d’autres termes, il s’agit d’être votre propre interlocuteur.

Dit comme ça, ça peut être étrange, mais si on y regarde de plus près, on se rendra compte que chaque jour nous utilisons déjà cette technique. Combien de fois dans la journée vous ne vous posez pas une question à vous-même, du style :

Est-ce que j’ai bien fermé la lumière avant de partir ce matin ?

Est-ce que je lui annonce avant ou après le repas ?

Où j’ai encore posé mes clefs ?

L’idée c’est qu’au lieu de se poser les questions en français, on se les poses dans la langue cible et on se répond dans la langue cible aussi.

Le fait de se parler dans la langue cible permet d’apprendre à réfléchir dans la langue et fournit un entraînement gratuit 24h/24 et 7 jours/7.

Il y a aussi des avantages qui sont très appréciable comme le fait qu’on ne sera pas interrompu, qu’on n’a pas la pression du regard de l’autre et qu’on peut prendre tout le temps nécessaire pour former sa phrase.

L’audace compte autant que la technique linguistique

Comme mentionné plus haut, elle a appris la majeure partie de ses langues étrangères après ses trente et quarante ans.

Sa rencontre avec la langue chinoise est très intéressante car dans le contexte de l’époque, et surtout dans un contexte conservateur comme la Hongrie, elle a fait preuve d’audace et de détermination.

Durant l’automne 1950, elle a entendu qu’une classe de Chinois allait être ouverte dans le département d’études asiatiques à l’université.

Malheureusement, les places sont réservées aux étudiants de langues et de surcroît aux plus jeunes. Sachant qu’elle possédait un emploi et qu’elle avait déjà la quarantaine, ses demandes d’inscription sont restées sans réponses.

Devant cette situation, une femme avec un tel caractère n’allait pas baisser les bras.

Alors qu’elle n’était pas officiellement inscrite et que les cours avaient déjà commencé depuis deux semaines, un soir elle décida de se rendre à la faculté.

Le problème c’est que sans les informations normalement transmises aux étudiants, et n’étant pas familière avec le domaine universitaire, elle ne savait pas exactement où se trouvait la classe.

Elle chercha la salle de conférences où sont normalement tenus les cours du soir en groupe, mais l’endroit était désert. Personne pour se renseigner.

Elle parcourut tout le bâtiment étage par étage et tous les couloirs sans lumière pendant un long moment. Puis au moment où elle songeait à enterrer le projet, la lueur de dessous une porte au fond d’un couloir attira son attention. Elle passa la porte et se retrouva en face de toute une classe avec une chinoise qui donnait le cours. Elle venait de la trouver !

Par la suite on connaît la carrière qu’elle a eu avec la langue Chinoise et le reste fait partie de l’histoire à présent. Mais tout ça n’a été possible que parce qu’elle a persévéré.

Ceux qui ne connaissent rien doivent avancer vigoureusement !

Un de ces conseils c’est de toujours se confronter à un niveau plus haut que le sien.

Par exemple, si vous choisissez de prendre des cours dans une classe, elle suggère de s’inscrire à un niveau supérieur que celui qu’on a réellement.

Quand elle a commencé le polonais, elle s’est inscrite à un cours d’essai. Quand le professeur a voulu évaluer son niveau pour savoir dans quelle classe l’envoyer, elle aurait répondu qu’il n’était pas nécessaire de perdre du temps à la tester car elle ne parlait pas un seul mot et qu’elle souhaitait s’inscrire au niveau avancé.

Le professeur ébahi devant cette situation lui a demandé dans une telle situation pourquoi elle tenait à assister au cours les plus avancé ?

Elle aurait alors répondu : “Ceux qui n’y connaissent rien doivent avancer encore plus vigoureusement”.

Les langues asiatiques

D’après ses écrits, ce qui l’a poussé à apprendre le chinois c’était le défi d’apprendre une langue lointaine. C’est-à-dire une langue dont les mots n’ont aucune racine slave ou latine. Son choix s’est porté vers le chinois mandarin en premier.

Elle a commencé à l’apprendre à l’âge de 41 ans.

En deux ans, elle avait fait tellement de progrès en chinois qu’elle était capable d’interpréter pour les délégations chinoises arrivant en Hongrie et pouvait aussi traduire des romans.

Ses cours de chinois à l’université de Budapest étaient dans une classe de niveau intermédiaire alors qu’elle commençait de zéro. Naturellement cette démarche était voulue et motivé par les raisons mentionnées plus haut.

Dès le lendemain du premier cours, elle s’est procuré le seul dictionnaire chinois qui était d’ailleurs en chinois-russe, à la bibliothèque publique, et essayé de comprendre comment traduire les sinogrammes.

En effet, à cette époque le pinyin n’avait pas encore été adopté en Chine, puisque ce système de romanisation du chinois mandarin n’a été promu officiellement qu’en 1979 en Chine continentale. Par conséquent à ce moment-là, pour Kato Lomb, le Chinois ne connaissait pas de lettres et donc pas d’alphabet. Mais ça n’allait pas décourager cette femme et son désir ardent de comprendre les langues extrême-orientales si bien que quelques jours plus tard, à l’aube d’un matin de décembre, elle avait réussi à déchiffrer sa première phrase chinoise.

Elle avait travaillé quelques heures chaque nuit jusqu’à ce qu’elle « craque le code ».

Par la suite elle est reste fidèle à sa méthode et a traduit des romans les uns après les autres.

Pour le Japonais, elle a commencé six ans après le chinois mais cette fois-ci elle n’a pris aucun cours en parallèle, elle a appris toute seule en autodidacte.

Ce que j’ai préféré

Dans Polyglot, how I Learn Langages (Polyglotte comment j’apprends les langues), on peut sentir que le livre a été écrit par une personne qui s’y connaît vraiment dans l’apprentissage des langues.

Ses opinions, qu’on soit d’accord avec ou pas, sont des réflexions que seul quelqu’un qui apprend vraiment les langues peut se poser.

Il y a beaucoup d’informations, de technique ou d’informations utiles à toute personne qui aime apprendre les langues.

Certaines informations sont très directes et d’autres sont à déduire de certaines anecdotes. Dans tous les cas, vous ressortirez avec quelque chose de la lecture de ce livre.

La preuve en est que je l’ai lu deux fois à six mois d’intervalle et à la deuxième lecture (même en ayant pris des notes la première fois), j’en ai encore appris.

Qu’est-ce que j’aurai aimé y trouver ?

J’aurais aimé trouver plus d’informations sur son rapport aux langues asiatiques et les challenges qu’elle a dû relever pour maîtriser ces langues. En réalité elle donne déjà beaucoup mais ça c’est tout moi, j’en veux toujours plus. 🙂

Aussi, il ne me semble pas que la version française existe, vous devrez vous contenter de le lire en anglais.

Ou sinon pour les courageux, je vous donne les références pour la version chinoise :

作者: [匈]卡托·羅姆勃 (Kató Lomb)

《我是怎样学习外语的》 (Polyglotte comment j’apprends les langues)
出版社: 黑龙江人民出版社
原作名: Így tanulok nyelveket (1970)
译者: [俄] 亚历山德拉·纳乌缅科 / 名菊
出版年: 1983-05
页数: 217
装帧: 平装
统一书号: 7093-773

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