Emil Krebs-apprendre le chinois comme un prodige

授人以鱼不如授人以  

Donnez un poisson à un homme et vous le nourrissez pendant une journée. Apprenez à un homme à pêcher et vous le nourrissez toute sa vie

Proverbe chinois

Quand vous voulez accomplir quelque chose ou allez quelque part, qui peut vous donner les meilleurs conseils ?

Réponse : celui qui l’a déjà fait ou qui y est déjà allé.

Et pour celui qui veut atteindre sa cible plus vite que la moyenne, il va devoir non seulement trouver ceux qui ont déjà atteint l’objectif, mais en plus trouver les meilleurs dans ce domaine, c’est-à-dire l’excellence, le top 5% de la planète dans ce domaine.

Ces personnes peuvent nous inspirer, nous motiver et aussi nous éviter de tomber dans les pièges où eux sont déjà tombé. Pas étonnant que des gens qu’on ne présente plus comme Warren Buffet ou Elon Musk soient de grands lecteurs de biographie qui ont tous deux adorent celle de Benjamin Franklin.

L’étude des langues asiatique est une activité importante par sa taille mais aussi par les débouchés qu’elle peut offrir.

Dans cette optique, observer, apprendre, disséquer les méthodes et stratégies des meilleurs du monde pour l’étude des langues est également un atout qui apportera certainement son pesant d’or.

Encore vivant ou non, le succès laisse des traces et trouver l’élite d’un milieu est une mission très intéressante et très riche en instruction.

C’est ce que je vous propose de faire aujourd’hui en commençant avec Émile Krebs qui était un Sinologue qui avait un niveau de chinois tellement bon qu’il a entretenu des relations extrêmement proches avec la cour de la dernière dynastie chinoise du 20 -ème siècle et parlait 68 langues pour un total de 111 langues étudié.

Emil Krebs chinois
Emil Krebs en 1898

Son parcours

Il est né en 1867 en Basse-Silésie. Il était l’aîné de 9 frères et sœurs et son père était menuisier.

Suivant les versions, entre l’âge de 7 à 9 ans, il aurait trouvé un dictionnaire franco-allemand et aurait appris par lui-même un maximum de vocabulaire pour les présenter à son instituteur alors qu’il ne savait même pas comment les prononcer.

Ce fut le départ d’un intérêt grandissant pour les langues étrangères, si bien qu’au moment de passer son bac en 1887, il avait de fortes connaissances dans douze langues.

La plupart avaient été apprises en autodidacte et parmi elles on pouvait compter :

-le français,

-le latin,

-le grec ancien

-le grec moderne,

-l’Hébreu,

-l’anglais,

-l’italien,

-l’espagnol,

-le russe,

-le polonais,

-l’arabe

-et le turc.

A ce moment-là, le jeune Krebs aurait la confidence qu’il aimerait apprendre toute les langues.
« Vous ne pouvez pas toutes les apprendre, lui a-t-on répliqué ».
Krebs aurait alors affirmé « Dans ce cas, je veux apprendre la plus difficile».
C’était le mandarin.

Par la suite il entreprit des études de droit et en parallèle entra à l’institut de langues et civilisations orientales, ce qui était pour lui le moyen de se rapprocher de la Chine.

Il a commencé le chinois en 1887 et a obtenu son premier diplôme en 1890.

En 1893, le ministère allemand des affaires étrangères l’envoya dans l’empire du Milieu en tant qu’interprète. Il a ensuite obtenu deux examens supplémentaires en 1894 et en 1895 avec la mention « bien ».

Par la suite Krebs demeura en chine presque un quart de siècle, son poste et ses compétences linguistiques lui ont alors permis de participer à d’importants processus politiques et l’ont littéralement amené au pied du trône impérial chinois.

En effet un jour, un officier impérial chinois à exiger de connaître qui, dans la légation allemande, rédigeait des documents chinois avec une telle élégance de style. C’était Krebs. À partir de ce jour-là, l’impératrice douairière Cixi l’invitait régulièrement à prendre le thé. Elle « préférait converser avec lui car il était le meilleur locuteur chinois parmi les étrangers, et le plus consciencieux. ». Leur relation amicale fut tel qu’il en recevait souvent des cadeaux.

impératrice Ci Xi Emil Krebs
L’impératrice Ci Xi quand Emil Krebs était en chine en 1904

À cause de l’entrée de la chine dans la Première Guerre mondiale, Krebs fut obligé de quitter la Chine pour aller travailler à Berlin au service linguistique du ministère des Affaires étrangères. Il était dit qu’il « remplace 30 collaborateurs extérieurs ». Il pouvait traduire des textes officiels rédigés en plus de 40 langues…

Cette personnalité exceptionnelle mourut comme elle eut vécu : le 31 mars 1930, Emil Krebs décède d’un accident vasculaire cérébral pendant qu’il traduit un texte dans son bureau du ministère des Affaires étrangères.

Comme pour Einstein et les grands hommes de notre monde, les chercheurs ont fait la demande a la famille pour savoir si elle serait d’accord pour léguer le cerveau Krebs à la science ? La demande venait d’Oskar Vogt (1870-1959) directeur de l’Institut Kaiser-Wilhelm.

L’étude de son cerveau a trouvé une structure bien particulière qui pourrait expliquer son don exceptionnel.

Cette structure était-elle déjà présente à l’origine ? Ou bien a-t-elle était façonné par la méthode de l’homme ? Nous aurons certaines réponses bientôt

Des accomplissements hors normes

Werner Otto von Hentig Dans sa biographie il est évoqué que les autorités chinoises avaient recours à Krebs pour des « questions grammaticales ». C’est dire le niveau de cet homme !

Mais aussi pour des questions ou des traductions concernant d’autre langues d’ethnies proche de la chine comme le mongol, le mandchou, le tibétain ou même certains patois chinois. On raconte notamment que les officiers chinois, incapables de lire une lettre envoyée par une tribu mongole rebelle, ont demandé à Krebs de la traduire.

Cela pourrait peut-être s’expliquer par le fait que le polyglottisme n’étant pas en usage, les autorités chinoises ne connaissaient pas ces langues elles-mêmes.

En effet d’après Steven Owen, professeur de littérature chinoise à Harvard, il n’aurait pas la connaissance avant notre époque, d’une élite chinoise qui aurait appris des langues en tant que démarche intellectuelle (pas proches ou nécessaires).


Une des raisons qui aurait un certain sens serait qu’en Occident, le polyglottisme tire ses racines du christianisme, qui n’avait pas de langue propre (Jésus lui-même parlait araméen et hébreu, et peut-être grec) et dont la bible a été propagé dans d’innombrable langues différentes.

Aussi c’était un élément de base des explorations et de la colonisation pour l’établissement des empires d’Europe.

Alors qu’en chine, pendant 1300 ans, l’intérêt central de la classe intellectuelle été de faire partie de la bureaucratie ou de l’état. Pour se faire il faut passer les examens impériaux qui réclame un niveau de chinois très supérieur. Il fallait être capable de lire et écrire plus de 10 000 caractères et l’examen final pouvait durer entre 24 et 72 heures. L’étude pour ces examens ne laissait plus beaucoup de temps pour d’autre loisirs.

En outre, les Chinois concevaient leur pays comme étant le centre du monde, dans ces conditions on ne pouvait-on pas s’attendre à ce qu’ils apprennent des langues barbares. C’était aux barbares d’apprendre d’abord un peu de chinois.

Quoi qu’il en soit, Krebs a réussi au cours de sa vie des examens gouvernementaux en chinois, parmi d’autre langue. Il ne s’agissait sans doute pas des examens mandarinaux, mais c’est tout de même une performance époustouflante !

Sa maîtrise si profonde des autres langues n’a pas manqué non plus d’attirer l’attention dans d’autres communautés. D’ailleurs il est dit qu’à cette époque il maîtrisait tellement bien le dialecte toscan que l’ambassadeur italien à Pékin s’est proposé de lui couper les cheveux, juste pour pouvoir entendre du toscan.

Emil Krebs-apprendre le chinois comme un prodige- Son approche

Lien entre civilisation et langue

Pour lui, en savoir sur l’histoire du pays en lui-même était aussi important que la langue.

En effet, il avait toujours soif non seulement d’apprendre la langue de peuples étrangers, mais de comprendre également leur nature en se basant sur leur passé historique.

Il cherchait à saisir « l’essence » des peuples à travers leur langue et leur civilisation. Connaître les liens entre certains mots ou expression et la mentalité d’un peuple était pour lui un instrument inévitable de la compréhension.

D’ailleurs une traduction est mieux faite quand on connaît les intentions derrière un événement ou une pensée.

Emil Krebs Visite prince chinois
Emil Krebs (sur la gauche) Visite du prince vers 1912

La curiosité comme point de départ

Tout a, semble-t-il, commencé avec un simple dictionnaire franco-allemand. La curiosité l’a poussé à apprendre les mots et à voir ce qu’il pourrait faire avec.

Apparemment il aurait maîtrisé à un degré très intéressant la langue de Molière en quelques mois, l’aurait perfectionné par la suite au fil du temps.

Plus tard, à l’âge adulte, alors qu’il déjeunait dans un restaurant, il aurait entendu deux personnes parler dans une langue qu’il ne connaissait pas. Il s’est levé pour leur demander la langue qu’ils parlaient. Une fois l’information reçu, le jour même il commandait des manuels et livres dans cette langue et commençait à l’apprendre tout de suite.

Une simple curiosité et il profitait de l’élan pour passer à l’action immédiatement.

Collecter la connaissance

Comme Émile Krebs s’appropriait une langue principalement via les livres on peut imaginer qu’il devait avoir un bon stock de livre chez lui. Et ce n’est pas peu dire : sa bibliothèque comptait 5700 livres rédigés en 120 idiomes différents. Aujourd’hui son intégralité est conservée à la bibliothèque du congrès de Washington.

Quand il entra dans la diplomatie à Pékin, il en a profité pour y étudier des manuscrits et des livres chinois dans tous les domaines, y compris l’écriture « braille » chinoise. Il réalise des études comparatives entre le mandarin, le Mongol, le Mandchou, le Tibétain et l’Arabe.

Ses proches de l’époque se souviennent que « dans sa chambre, sur la Lindenallee, il y avait plein de livres partout, et même des piles de livres qui montaient jusqu’au plafond » et que « Tout l’univers, concentré dans les langues, et réuni dans quelques mètres carrés. »

Bibliothèque de Krebs à Berlin

Parmi tous les ouvrages, il y avait des rangées de volumes de soie jaune entre plusieurs en soie bleue, qui était des présents de l’impératrice de Chine.

On pouvait y trouvait vraiment tout type d’ouvrage, même des parchemins ou des écritures sur bois. Ses écrits et ses livres montrent qu’il était profondément enraciné dans la culture chinoise. Sa femme a déclaré dans une interview après sa mort qu’il parlait chinois comme un locuteur natif.

Éliminer tout ce qui pourrait nuire à l’étude

Toujours sa passion en tête, après avoir été promu ministre conseiller à la légation allemande en Chine en 1901, il refuse ainsi de prendre le poste de consul car il craignait de devoir sacrifier ses activités.

Il trouvait même des excuses pour ne pas assister aux réunions auquel il était convié par des ministres allemands ou parfois même refusait tout simplement ne laissant pas d’autre choix à sa femme ou ses secrétaires de trouver une excuse à sa place.

Lorsqu’il étudiait dans sa bibliothèque ou dans son bureau, il n’était pas rare de le voir se promener presque toujours avec un livre à la main et en marmonnant doucement. Et c’est l’image que tous ceux qui l’ont connu se souviennent de lui : dans un kimono rouge foncé, un livre devant les yeux, marchant sans cesse, murmurant sans cesse.

Il n’hésitait pas à refuser ou renvoyer tout visiteur qui le dérangeait pendant son étude. Et pas toujours de manière agréable, son visage pouvait tourner au rouge vif si l’intrus se faisait trop long. C’était un homme impatient.

Du cœur à l’ouvrage

Krebs était passionné de lecture, quand il se déplaçait, il transportait une bonne partie de sa bibliothèque avec lui. Si bien que même quand il voyageait en train, il y a fort a parier qu’il n’aurait sans doute pas prêté grande attention au paysage qui passait devant ses yeux.

Après la rupture des relations diplomatiques sino-allemandes en mars 1917 il est forcé de retourner en Allemagne. Dès lors, une fois rentre chez lui, Il s’enferme avec ses livres, plus affamé de connaissance que jamais. Il apprend :

L’égyptien,

L’albanais,

L’arménien,

Le basque,

Le birman,

Le japonais,

Le javanais,

Le croate,

L’ourdou,

Le norvégien

et bien d’autres langues encore.

Le sumérien, l’assyrien et le babylonien n’échappent pas non plus à son zèle. Et il continua à apprendre autant qu’il le pouvait.

Pour accomplir cette énorme tâche, il travaillait parfois jusqu’à trois heures du matin. Il était acharné !

Lier son métier à sa passion

Un des aspects les plus difficiles dans l’apprentissage des langues c’est de trouver du temps. L’activité qui nous prend le plus de temps, c’est le travail.

Ainsi, lié son emploi aux langues peut-être une merveilleuse occasion de pratiquer ses langues. Émile Krebs l’avait bien compris.

Lors de son travail en Chine, il devait entretenir des relations diplomatiques avec les autres ambassades et outre l’ambassade Américaine, il avait définitivement besoin des langues comme : chinois, mongol, mandchou, mais aussi japonais, italien, russe, français, anglais, néerlandais, portugais et danois qui étaient les ambassades les plus importantes de Pékin.  

Pendant son temps libre, Krebs était généralement avec des Chinois, mais il avait également des liens étroits avec les autres diplomates en Chine. On a retrouvé une note dans le dossier du personnel indiquant que Krebs a travaillé comme interprète pour l’ambassade d’Italie pendant plusieurs mois parce qu’un interprète y avait disparu en raison d’une maladie.

Et en 1921, quand il reprend du service au ministère des Affaires étrangères, il s’arrange pour être au département du cryptage, puis de passer au service de traduction. Il travaille aussi, en parallèle, comme interprète auprès des tribunaux. Le directeur du service de traduction du ministère des affaires étrangères disait que : « Krebs remplace à lui tout seul 30 collaborateurs du service diplomatique »;

La méthode par“paquet”

D’après les recherches et témoignages recueillis on sait aujourd’hui qu’il avait une méthode particulière pour apprendre les langues. Il ne les étudiait pas à partir de sa langue natale, c’est-à-dire l’allemand, mais par « paquets » à partir d’une langue intermédiaire. Il apprenait donc l’hindi, l’irlandais, l’afghan, le birman, le gujarati, le cingalais et le portugais à partir de l’anglais, le finnois, le tartare et l’ukrainien à partir du russe, le basque à partir de l’espagnol, etc…

Donc il s’appropriait une langue étrangère à partir d’une autre langue étrangère. Sa bibliothèque en est la preuve. On peut retrouver tous ces ouvrages dedans. Dans les déclarations de sa femme, Krebs commençait avec des dictionnaires et des livres de grammaire.

La base de sa méthode était qu’il y allait « à tâtons » mais une étude intensive et la répétition du vocabulaire parvenait à lui faire atteindre ses buts. Il a continué à apprendre dans de nombreuses langues à l’aide de simples manuels scolaires et de la chrestomathie ainsi que d’autres outils d’autoapprentissage.

Les chrestomathies sont des compilations d’extraits de textes de différentes œuvres qui ont un niveau de difficulté différent. Emil Krebs possédait le Nouveau Testament en 61 langues. Toutes les traductions du Nouveau Testament remontent à la même fondation, il a donc aussi utilisé les différentes traductions pour consolider ses langues

Voilà de nouvelles idées et techniques qui peuvent être incluent ou adapter à votre arsenal pour l’apprentissage de votre langue asiatique préféré. C’est d’ailleurs très encourageant de savoir que finalement un Occidental qui a appris le chinois à l’âge adulte peut atteindre un niveau tel que même des natifs vont chercher des conseils linguistiques à ses côtés.

Apprendre par « roulement »

Krebs avait un emploi du temps très cadré et s’y tenait avec une grande discipline. Il révisait ses langues en effectuant une rotation entre elle durant la semaine et s’organisait comme suit :

Turc le lundi

Chinois le mardi

Grec le mercredi

etc …

Parfois habille parfois pas, avec plusieurs bières allemandes pour compagnon et un cigare à la bouche, il aimait apprendre debout a son bureau ou en marchant autour de la table du salon, le plus souvent de minuit à 4 h du matin.

Les livres de sa bibliothèque était triés par langue et par groupe de langues. Il composait soigneusement un petit résumé pour chaque ouvrage, auquel il revenait régulièrement pour les réviser.

Quelle techniques ou habitudes d’Emil Krebs vous ont paru les plus intéressantes et que vous avez envie d’intégrer dans votre apprentissage ?

Est-ce que la vie de ce polyglotte d’exception vous a inspiré ?

Est-ce que vous connaissez d’autres personnalités qui ont atteint un niveau de maitrise des langues asiatiques très élevé ? Vous êtes le/la bienvenu/e à laisser votre opinion ou vos idées dans les commentaires 😊

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